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Interopérabilité : friction ou fiction ?

Par Mercy A. Olagunju, Conseiller en entrée de marché — Afrique francophone · Abidjan, Côte d’Ivoire · 14 juillet 2026
L’essentiel

Sur le papier, l’Afrique de l’Ouest francophone dispose désormais de paiements interopérables, instantanés, 24h/24, dans huit pays. Sur le terrain, des gens tapent encore « ça ne marche pas » dans une conversation, en essayant de payer quelque chose qu’ils veulent déjà. Alors posons la question honnête : l’interopérabilité — résout-on une friction, ou annonce-t-on une fiction ?

L’annonce, et le calendrier

Le rail est une vraie infrastructure, et le construire est un accomplissement réel — je veux être juste là-dessus. Mais « l’interopérabilité est là » et « l’interopérabilité est obligatoire » sont deux affirmations différentes, et la seconde vient de s’effondrer. Cinq jours avant l’échéance du 30 juin, la BCEAO l’a repoussée au 30 septembre, pour permettre aux acteurs de « finaliser leur intégration dans les meilleures conditions techniques ». Une échéance qui bouge quelques jours avant son terme n’est pas une échéance. C’est une intention avec une date attachée.

Une échéance qui glisse cinq jours avant son terme n’est pas une échéance. C’est une intention déguisée en date.

La réalité du terrain

Voici à quoi ressemble « l’interopérabilité » de là où je me trouve. Cette semaine, j’ai parcouru les groupes d’utilisateurs d’une grande plateforme grand public opérant dans cette même union — des milliers de clients payants, une union, un système de paiement soi-disant interopérable. Les plaintes ne portaient pas sur le goût. Elles portaient sur le paiement :

« On m’exige de payer avant le téléchargement, mais il n’y a pas de numéro pour payer par mobile money. »

« J’ai essayé de payer à plusieurs reprises mais ça ne marche pas. »

Relisez ces phrases. Ce sont des gens qui essaient de donner leur argent et que la plomberie refoule. Si les paiements de l’union étaient réellement interopérables, « il n’y a aucun moyen de vous payer » ne serait pas la plainte quotidienne d’une entreprise à la demande réelle. L’appétit est là. Le rail ne l’atteint pas.

Et cela joue dans l’autre sens aussi

Ce ne sont pas que les utilisateurs qui butent sur le mur. Demandez à quiconque essaie de construire une plateforme encaissant des paiements dans cette même UEMOA : le régime même qui promet des paiements ouverts et interopérables est celui qui restreint ce que vous pouvez lancer, et comment. Vous ne pouvez pas simplement monter une plateforme et encaisser — il y a une licence, une connexion, une file d’attente. La friction est donc symétrique : l’utilisateur ne peut pas payer, et le bâtisseur ne peut pas facilement lui en donner le moyen. On dit aux deux que le système est ouvert. Les deux trouvent porte close.

Alors — friction ou fiction ?

Les deux, honnêtement, et c’est la réponse utile. L’infrastructure est réelle et elle arrive ; cette partie n’est pas une fiction. Mais « le problème est résolu » est une fiction — pour l’instant. Ce que nous avons, c’est une démo qui fonctionne et une échéance mouvante, vendues comme un service fini. Le calendrier officiel et le calendrier réel sont, comme toujours ici, deux documents différents. La friction, c’est ce que vos utilisateurs et vos bâtisseurs ressentent aujourd’hui. La fiction, c’est tout plan qui prend la date annoncée pour la date d’arrivée.

Ce que cela signifie pour votre entreprise

Ne construisez pas votre calendrier d’entrée ou de paiement sur la date annoncée. Elle a déjà bougé une fois, cinq jours avant son terme. Prévoyez le 30 septembre au plus tôt — et une réalité progressive et inégale ensuite, pas un interrupteur qu’on allume.

Si vous devez encaisser aujourd’hui auprès d’utilisateurs ouest-africains, il vous faut encore l’ancienne méthode : un partenaire local agréé et les opérateurs de mobile money intégrés un par un. Le rail unique n’est pas encore ouvert au public — miser votre encaissement dessus maintenant, c’est miser sur un communiqué de presse.

Lisez la confiance du régulateur comme une intention, pas un statut. Ce n’est pas du cynisme — c’est ainsi qu’on évite une erreur de 18 mois. Les entreprises qui gagnent ici sont celles qui anticipent l’écart entre l’annonce et le terrain, car c’est dans cet écart que l’argent se perd ou se gagne.

Vous intégrez les paiements dans une entrée UEMOA — et voulez le vrai calendrier, pas celui annoncé ?

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Sources
  1. BCEAO — communiqué, « Prolongation du délai de connexion à la PI-SPI » (échéance repoussée au 30 septembre 2026).
  2. Financial Afrik (25 juin 2026) — « la BCEAO repousse les échéances de connexion au PI-SPI » ; Togo First — report au 30 septembre.
  3. BCEAO — PI-SPI lancée le 30 sept. 2025 ; au 24 juin 2026, 80 participants connectés, 74 institutions encore en phase de test réel.
  4. Observation de terrain — plaintes anonymisées d’utilisateurs d’une communauté grand public francophone (juillet 2026).